La mini-jupe, une maxi libération ?

La mini-jupe, un symbole fort des années soixante. Portée très courte, maximum 10cm au-dessous des fesses, la jupette interroge. Dérangeante, provocante, amusante, elle incarne la libération et l’indépendance des femmes. Pourtant en se libérant d’un côté, la femme ne se serait-elle pas enfermée autrement ?

La mini-jupe apparaît pour la première fois en 1962 dans une boutique du quartier Chelsea à Londres. On la doit à la styliste Mary Quant qui déplore le manque de diversité et l’absence d’aisance dans les vêtements de l’époque.

Avez-vous déjà essayé de courir après un bus, étriquée dans une jupe fourreau qui vous enserre les mollets ?

C’est notamment pour répondre à ce problème qu’en 1958 la designer dessine sa première mini-jupe. Lorsqu’elle la met dans sa collection en 1965, son succès est immédiat. Portée par le mannequin Twiggy avec son allure garçonne et filiforme, la mini-jupe enflamme les podiums et suscitera un véritable engouement jusqu’au Japon. Londres devient alors un haut-lieu de la mode.

Dans l’effervescence Londonienne, inspirée du style pop et des baby boomers, Mary Quant révolutionne l’univers de la mode !

Les premières jeunes filles qui la portent attirent les regards, parfois admirateurs, souvent réprobateurs. On devise beaucoup sur la mini-jupe qui divise, mais ne laisse pas indifférents.

 

Les artistes détonateurs de mode

Principalement issue du milieu artistique, la clientèle de Mary Quant est déterminante car elle amorce les tendances et lance les modes, explique Laurent Cotta, historien de la mode au Musée Galliera, à Paris.

En France Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Catherine Deneuve ou Brigitte Bardot portent ce nouveau symbole de liberté féminine auquel s’identifient les adolescentes des sixties. Les françaises sont 200 000 à porter la mini-jupe en 1965. On la porte avec des bottes, des cuissardes et même des ballerines. Mini-jupe trapèze, droite ou plissée, elle se décline sous une multitude de matières et de couleurs et sonne le glas des porte-jarretelles et des bas. Le collant qui assure plus de confort s’enfile rapidement sous les jupettes qui libèrent les mouvements.

 

 La mini-jupe enjambe la Manche ?

En France, c’est le couturier André Courrèges qui met la mini-jupe à l’honneur pour sa collection printemps-été 1965. En lui apportant la touche haute couture, il la rend plus acceptable. Car si les jeunes françaises s’en emparent sans complexe, la mini-jupe ne fait pas l’unanimité et fait grincer les milieux conservateurs. On la trouve provocante,  impudique voire vulgaire. Une style revendiqué par sa créatrice « Le bon goût est mort, la vulgarité c’est tout ce qui compte » s’exclame Mary Quant qui revendique une mode « arrogante, agressive et sexy ».

Dans les années soixante-dix, la mini-jupe s’est éclipsée au profit du pantalon pattes d’éléphant et des blues-jeans, emblèmes du mouvement hippie. En couverture du magazine Paris Match on lisait notamment le 1er août 1970 « La mini-jupe est morte ». Pourtant, elle fait son grand retour dans les défilés de mode des années 2000.

 

Mini, midi ou maxi-jupe, quelque soit la longueur, on choisit celle dans laquelle on se sent le mieux

 

De nos jours, si la mini-jupe tend à se démocratiser et à se banaliser, elle reste cependant encore épinglée par certains comme un vêtement provocant, aguichant, porté par des filles faciles et séductrices. On l’associe d’ailleurs à une certaine soumission au désir masculin, redonnant ainsi à la femme l’identité de femme-objet dont elle voulait tant se débarrasser. Ainsi, la mini-jupe incarnerait une libération ambigüe et chahutée…

Toujours revendiquée par les féministes, elles n’en soulignent pas moins certains inconvénients. L’amazone libre dans ses vêtements n’est pas libre dans la rue. Sexy dans sa jupe courte, la femme apparaît plus désirable à certains hommes qui la sifflent, lui lancent des remarques grivoises ou carrément la frôlent pour la toucher. Ces comportements agressifs, irrespectueux autant que intolérables, sont très largement dénoncés par l’association Ni putes ni soumises.

 

 Un autre inconvénient

Symbole de libération et d’émancipation, la mini-jupe impose de nouveaux canons de minceur qui formatent le regard que les femmes portent sur elles-mêmes. Être filiforme est exigeant et nécessite pour certaines de faire des régimes éprouvants.  Ainsi, pour arborer cette nouvelle silhouette, la femme devient prisonnière d’un idéal de minceur qui la soumet à de nouvelles contraintes. C’est ce qu’explique Laura Merla, sociologue de la famille et de la sexualité à l’UCL (Université catholique de Louvain en Belgique) « D’un côté, la mini-jupe a une portée libératrice sur les femmes, mais elle va aussi les enfermer dans une image du corps féminin qui est celle d’un corps rectiligne, mince et sportif, avec un impératif qui perdure encore aujourd’hui ».

Il est indéniable que la tenue vestimentaire occupe une place importante dans notre vie car elle accompagne quotidiennement notre corps. Plus encore, on le voit à travers l’histoire de la mini-jupe, les vêtements et les bijoux que l’on porte parlent de nous. C’est pour cette raison qu’ils doivent être choisis avec discernement. Mini, midi ou maxi-jupe, quelque soit la longueur, on choisit celle dans laquelle on se sent le mieux, celle qui s’harmonise le mieux avec notre être intérieur. Finalement, une femme libérée est une femme qui se sent bien dans ses vêtements !

 

 

 

 

 

 


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